Pablo PernotMe myself and I
Pablo P.

Je vous propose de revisiter la notion d’agile. Plus les mois passent moins je parle du manifeste ou des pratiques (éléments pourtant fondateurs historiquement), non pas qu’ils perdent beaucoup de valeur, mais plutôt qu’ils restent assez difficiles à saisir lors d’un premier abord. Et puis — disons-le aussi — ma pratique évolue, ma pensée change, vers une approche bien plus liée finalement au management, à la conduite du changement, à l’organisation des personnes.

Alors comment expliquer l’agile aux gens, voilà ma façon de faire : j’invoque les temps complexes comme l’étape suivante des temps modernes, de Chaplin, Charlot, et sa bataille contre le taylorisme, ou encore plus récemment, ceux de Sartre et de sa revue d’après-guerre. Nous sommes au delà de cette modernité, et le mot agile, c’est le mot caoutchouc, le mot qui se glisse partout, le mot facile, pour représenter en fait la complexité (en ce sens j’adhère complètement à l’analyse sur le mot “agile” de Dominique Dupagne dans sa Revanche du rameur).

Les temps complexes


Les temps complexes

Dialogue

— Nous sommes entré dans les temps complexes : tout va très vite, trop vite, tout est entrelacé, tout change, tout le temps, etc

— La seule façon de répondre à cette complexité c’est de responsabiliser, d’engager les gens. Comme un général qui ne peut plus tout diriger comme il y a 200 ans, et qui doit se reposer sur l’auto-organisation de ses troupes, celles-ci restent fidèles à sa stratégie, à sa vision mais mettent en oeuvre leurs tactiques.

— Mais si vous responsabilisez sans laisser le droit à l’erreur, vous mentez, vous ne responsabilisez pas vraiment.

— La responsabilisation est aussi possible si celle-ci ne met pas l’organisation dans un état trop dangereux, sinon qui osera quoi que ce soit ?

— Donc oui à la responsabilisation mais uniquement si l’erreur est possible, mais elle ne doit pas être “mortelle”. Pour cela il faut avancer par petits pas, de façon itérative. Et juger étapes par étapes de nos progrès. Une petite fièvre ça soigne, une grosse, ça tue !

— Mais pour vraiment juger il faut des choses finies. Peu importe l’itératif si les choses ne sont pas finies (c’est alors de l’incrémental…). Interrogez vous très fort sur cette notion de fini (le mieux est de mettre sur le marché ! pensez au produit viable minimum).

— Si vous réussissez à délivrer des choses finies, étape par étape, en étoffant, alors autant prioriser par valeur. Car a) on a jamais le temps de tout faire, donc autant faire uniquement les choses de valeur, b) cela permet de se donner les plus grandes garanties et les plus grands enseignements, et enfin c) d’avoir un sacré time to market (c’est à dire pouvoir mettre sur le marché de façon très réactive).

Time to Market très utile en ces temps de grande complexité, car tout change si vite.

— Naturellement ce cycle n’est apprenant (c’est nécessaire dans cette complexité ambiante) que si l’on s’interroge constamment sur comment s’améliorer.

Voilà, du sens et de la cohérence j’espère. L’étape suivante c’est de rendre le général cité plus haut multiple, de transformer la vision de un en la vision de plusieurs, d’un groupe, car l’intelligence collective n’est pas qu’une formule facile.