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L’année dernière j’ai été fasciné par les résultats de l’exercice proposé par David Barnholdt concernant la réalisation de spécifications versus le détail de la demande fournie. David encadre deux groupes de travail, à chacun il donne 1 mn pour réaliser les spécifications suivantes, au premier groupe il demande : “dessiner une une prairie durant une belle journée d’été, avec des fleurs bleues et rouges dans l’herbe verte, quelques vaches et quelques oiseaux sous un éclatant soleil“. Au second il demande : “dessiner une une prairie durant une belle journée d’été avec : 10 fleurs bleues avec 5 pétales chacune, 5 fleurs bleues avec 6 pétales chacune, 13 fleurs rouges avec 6 pétales chacune, 2 vaches avec 3 tâches noires, 1 vache avec 5 tâches noires, 2 vaches avec 4 tâches noires, 2 oiseaux dans le coin gauche en haut, 3 oiseaux au milieu, le soleil à droite avec 5 rayons”. Le résultat est stupéfiant mais on aurait du s’en douter :

Groupe 1

Groupe 2
Les commentaires sont sur le blog de David Barnholdt mais on aura compris…
Mon propos est d’extrapoler ce jeu de causes et effets au niveau de la contractualisation des projets. On pourrait dire que l’on reste dans le même domaine: expression des besoins (spécifications) que j’étends à la phase précédente cahiers des charges, etc. et donc de la contractualisation.
En France la culture du forfait avec un périmètre très défini est forte, encore plus dans le cadre des appels d’offres publics. C’est à mon avis l’une des causes majeures des échecs ou des difficultés ressentis dans les projets informatiques.
D’une part tout le monde sait bien qu’il est impossible de connaitre 100% de son périmètre à l’avance (si vous lisez Schwaber Popendieck* il dissémine quelques anecdotes “rigolotes” dont celle des “marines” (prononcez “marines” avec un cigare dans la bouche) : lorsqu’ils déclenchent une attaque ils connaissent 70% de leur plan, ils savent que 30% de ce qui va arriver n’est pas “prédictible”). Donc s’engager, payer, contractualiser sur quelque chose d’inconnu ou pire, de faux, est une lourde erreur, lourde de conséquences.
D’autre part, non content de ne pouvoir définir 100% du périmètre par avance, le client, le demandeur, a toujours la crainte de se voir bafouer, flouer : il va donc sur-spécifier (c’est là que je rebondis sur l’exercice évoqué précédemment). Il va en demander des tonnes pour être sûr d’en avoir “pour son argent”. Et cela va se révéler contre-productif : la “sur-spécification”, la spécialisation, va probablement entrainer des développements à façon qui, si ils vont répondre très précisément à un point, vont interdire et limiter fortement tous les autres aspects fonctionnels ou techniques.
On ne peut pas les blâmer, les SSII ont pour vocations de faire des bénéfices et quand il y a contentieux, c’est le cahiers des charges ou les spécifications qui font foi, donc très rapidement. Bref, c’est une lutte, une guerre de tranchées, plutôt qu’une collaboration. Et c’est le serpent qui se mord la queue, car plus les SSII vont jouer bêtement leur rôle, plus les clients vont sur-spécifier.
Difficile aussi de trouver une voie de sortie : si un client fait l’effort de ne pas “en rajouter” la SSII va prendre cela pour un effet d’aubaine et se jeter sur une marge probable à dégager. Je reviens à l’agilité qui est -là encore- la meilleure solution, itération, collaboration, enfin du bon sens. On doit rompre avec une contractualisation basée sur un périmètre complet pré-défini. Aujourd’hui dans le cadre des marchés publics c’est malheureusement quasiment impossible.
Deux maximes à méditer : (faîtes OooommmM) “le mieux est l’ennemi du bien”, “All failure comes from misunderstanding” (“tout échec vient d’une incompréhension”, the wheel of life, truc tibétain, 500 ans av JC)
* oui je me trompe, il me semble que c’est plutôt (les) Popendieck dans “Lean Software Management”, je vais vérifier
This entry was written by , posted on June 24, 2010 at 3:08 pm, filed under gestion projet, méthodes agiles and tagged contractualisation, spécification, ssii. Leave a comment or view the discussion at the permalink.
En abordant ce sujet je me dis qu’il va falloir du temps pour voir émerger une vraie réponse et que probablement plusieurs, voire de nombreux billets seront nécessaires. Actuellement toutes les SSII s’interrogent sur comment surfer sur la “vague agile” mais se heurtent a un problème crucial : la contractualisation. Au passage, même si il consacre un chapitre, Ken Schwaber évacue rapidement la question sans vraiment y apporter de réponse.
Historiquement toute la relation projet entre un client et une SSII se base sur un engagement de résultat -le forfait- (je ne parle pas ici des régies, c’est autre chose). L’avant-vente est un moment éminément stratégique où l’on fixe définitivement le périmètre de cet engagement, notamment financier. De cela découle toutes une séries d’aberrations, par exemples :
Des fois, et heureusement beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine, si la phase d’avant vente n’a pas été fatale tout le monde a assez de maturité pour réorganiser les développements, les fonctionnalités et les objectifs au sein de cette chape de plomb représentée par cet engagement de résultat qu’est le forfait.
Je ne vais pas revenir dessus mais c’est clairement en partie pour palier à ces problèmes que les méthodes Agiles rencontrent un tel succès. La transparence et l’implication étant les maitres mots on évite de nombreux écueils, on se focalise sur le ROI, etc etc. Très bien. mais comment facturer cela ? Comment expliquer à votre client : à la fin de notre collaboration vous devriez avoir ceci et cela, au lieu du beaucoup plus rassurant : à la fin de notre collaboration vous aurez ceci et cela. Même si, et j’en suis convaincu, ce que vous devriez avoir aura bien plus de valeur que ce que vous aurez, difficile de faire avaler la pilule ! Surtout avec certains préjugées autour des SSII, et la réalité qui veut qu’il s’agit d’entreprises comme les autres qui vivent de leurs bénéfices.
J’évacue pour l’instant ici la question de la responsabilité (autre complication de la contractualisation Scrum qui veut que la responsabilité soit portée par l’équipe et par le product owner -le client-). Allez expliquer à votre client que le projet a échoué à cause du product owner, c’est à dire lui-même… J’évacue aussi pour l’instant les questions de contractualisation des appels d’offres publiques…
Bref comment contractualiser un projet Scrum (a équivalence de la contractualisation d’un projet classique forfait) entre une SSII et un prospect ?
Une méthode émerge actuellement. Ce n’est qu’une étape et elle ne répond que partiellement au problème. Elle semble fédérer cependant un peu tous les acteurs. J’en trouve un écho dans cet article (merci Christophe). Il s’agit de réaliser un Sprint 0, ou une étude initiale qui va permettre :
L’objectif de ce “sprint 0″ est d’obtenir une évaluation suffisamment précise qu’elle puisse donner assez de garanties sur le “devriez avoir en fin de projet“. Etude qui devrait d’ailleurs définir ce que l’on appelle “fin du projet”… Bref, malgré cette étude, et connaissant le lourd historique commercial qui pré-existe, vous avez toujours un gros risque d’entendre dire : “bon puisque nous avons maintenant assez de visibilité nous pouvons contractualisé un engagement de résultat de type forfait ? non ? “. Là, a vous de ré-expliquer toute la pertinence d’utiliser les méthodes agiles et d’organiser une facturation par cycle de 2 ou 3 sprints.
Enfin on peut estimer grosso-modo que ce sprint 0 nécessite une charge de 5 à 10j (certains vont s’arracher les cheveux que je puisse donner ainsi, ex-nihilo, dans le vide, des chiffres…). La réalisation de ce sprint 0 sous-entend naturellement aussi que vous avez déjà gagné une première étape commerciale.
Rien n’est simple avec Scrum, sauf Scrum lui même.
This entry was written by , posted on September 5, 2009 at 2:03 pm, filed under méthodes agiles, scrum and tagged contractualisation, ken schwaber, product owner, scrum, sprint. Leave a comment or view the discussion at the permalink.